Poitiers : “Faire changer le regard sur les familles homoparentales”

Installé à Poitiers avec son mari et leur fils, Émil a créé une chaîne YouTube sur l’homoparentalité et recueille les témoignages de familles : « Oui, on peut être parent quand on est homo », dit-il.

Émil (à droite) donne la parole à des familles de toute la France. Comme ici à David, Jérôme et à leur fille Anna.
© (Photo Émil)

C’est l’histoire de Matthieu et Ludovic que le petit Pierre appelle Papa et Daddy. Celle de Laeticia et Stéphanie dont les fils, Apollin et Raphaël, aiment dire qu’ils sont une « famille arc-en-ciel ». De Mickaël et Kévin, parents de la petite Sasha… C’est aussi celle d’Émil qui parcourt la France depuis trois ans pour recueillir les témoignages de toutes ces familles homoparentales.

« Quand j’étais un jeune adulte et au début de notre relation avec mon mari, je n’imaginais pas pouvoir devenir papa ; et puis après, on s’autorise ce bonheur-là », raconte le vidéaste indépendant, installé avec sa famille depuis juin dernier à Poitiers. Lui-même a vécu ce parcours du combattant en tentant dans un premier temps l’adoption avant de recourir à la GPA, la gestation pour autrui avec une mère porteuse, aux États-Unis.
« Je suis gay et je suis papa »« J’ai créé ma chaîne YouTube Chez Papa Papou à la naissance de notre fils, Arsène, en 2016, raconte Émil. Par militantisme, c’est vrai. Je suis gay et je suis papa. On avait baigné dans la haine avec le débat sur le mariage pour tous en 2013 et je voulais raconter nos histoires de parentalité. À partir du moment où on montre les choses, on voit que les enfants vont bien, que les familles sont normales, le regard change. Quand des personnalités comme Marc-Olivier Fogiel ou Amélie Mauresmo parlent de leur famille, c’est bon pour la visibilité, mais il ne faut pas croire que ce soit un phénomène parisien. Il y a des familles homoparentales et des parents trans dans toutes les régions, y compris à la campagne. »

Émil est donc allé à leur rencontre. Les seize épisodes de son Tour de France des familles coproduit par Komitid et de la première saison de Parentalités LGBT + ont déjà été vus plus de 2,2 millions de fois sur YouTube et sur Facebook. Une campagne de « crowdfunding » lancée sur Ulule (2) s’achèvera ce jeudi pour financer une deuxième saison de huit nouveaux épisodes.

Ils et elles racontent l’adoption, la GPA, l’insémination « maison » ou la procréation médicalement assistée à l’étranger. Ils et elles parlent de leur bonheur, de leur famille. Ils et elles témoignent pour faire reculer les préjugés. Des parents mais aussi des enfants. Comme Ethan, aujourd’hui âgé de 18 ans, qui voulait absolument faire des cadeaux pour ses trois papas – son papa, le compagnon de sa maman et celui de son papa –, à l’école pour la Fête des pères !
« Ils ne sont pas seuls »« Le message s’adresse aussi aux enfants qui peuvent comprendre que toutes les familles ne sont pas pareilles, précise Émil. Des parents leur montrent ces vidéos ; il est important qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls. Nous, quand on a fait notre “ coming out ”, qu’on est en couple, qu’on s’est mariés, on est armés… On peut donner des outils aux enfants. »

Le créateur de Chez Papa Papou espère contribuer à « faire changer le regard sur les familles homoparentales ». Il se réjouit également d’inspirer des jeunes gens. « Oui, on peut devenir parent quand on est homo », insiste-t-il. Dernièrement, un étudiant ayant grandi dans une famille aux valeurs conservatrices a écrit à Émil pour le remercier de l’avoir aidé à en prendre conscience.

(1) Chaîne YouTube : Chez Papa Papou (2) Cagnotte Ulule : Parentalités LGBT + (saison 2), jusqu’au 28 mai à minuit.

 

Article publié le 26 mai 2020 dans La Nouvelle République
https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/poitiers-faire-changer-le-regard-sur-les-familles-homoparentales?